MARTHE, ANOREXIQUE
Suite et Fin
Résumé. Après trois mois de séances très positives, Marthe replonge dans le désespoir et régresse jusqu'à redevenir suicidaire. Malgré tous mes efforts, il m'est impossible de stabiliser le mieux-être qu'elle ressent généralement à la fin de chaque entretien. Je ne comprends plus et me pose vraiment des questions sur ma méthode. Pourquoi est-elle brutalement devenue inefficace ?
Marthe ne souhaite pas que je donne le contenu des séances pendant lesquelles nous avons chaque fois essayé de comprendre ce qui se passait, en vain.
Epilogue.
Un soir, je regarde une émission sur les effets néfastes de certains neuroleptiques. Je sais que Marthe est aussi suivie par une psychiatre qui lui prescrit des médicaments. Lorsqu'elle est venue me voir en Octobre, elle avait brutalement tout arrêté. Ensuite, dès qu'elle s'est sentie mieux, elle avait repris son traitement. Personnellement, je lui avais proposé d'envisager de baisser les doses, sous la surveillance de son médecin. Malheureusement, celle-ci lui avait rajouté du Risperdal, un antipsychotique neuroleptique.
Lorsqu'on accuse l'ego, et qu'on lutte contre lui, il ne peut normalement pas résister. Si l'état du sujet ne s'améliore pas, c'est qu'il ne s'agit pas de lui. Quand je fais l'hypothèse que le Risperdal est le responsable du mal-être de Marthe, elle n'est pas contre cette idée, car elle déteste les drogues. Elle décide de l'arrêter, et de consulter la psychiatre avec laquelle elle a justement rendez-vous deux jours plus tard.
Elle vient me voir le lendemain, visage fermé. Elle arrête tout. Son médecin lui a dit qu'elle était injustement remontée contre ce médicament, car celui-ci lui faisait du bien. Elle lui a prescrit autre chose, mais visiblement, Marthe est de nouveau inaccessible. Elle a franchi un cap de non retour, et je ne peux la récupérer. Elle tient à me payer toutes nos séances (je lui avais fait un tarif à 10 euros car elle ne voulait pas de la gratuité), et quand je lui demande si cela va la gêner, elle me répond : On s'en fout.
Elle me dit aussi que son histoire sur Internet doit s'arrêter à la 17ème séance, avant qu'elle commence à retomber. C'est ce que nous avions décidé au départ, croyant que la suite serait positive. Elle refuse de la poursuivre, car elle ne veut pas tromper les lecteurs. Moi non plus.
Il y a eu sur ARTE, le 26 Avril 2005, une autre émission sur les effets néfastes de certains médicaments, capables de détruire le malade, par la dépendance. Ils étaient comparés à la drogue. Ce n'était pas le cas de Marthe. Je ne peux pas être sûre que le Risperdal soit la cause de notre échec. Mais je sais que certaines molécules mettent beaucoup de temps à s'évacuer totalement.
Depuis, elle m'a écrit, me disant qu'elle allait mieux...
Voilà. J'espère qu'elle reviendra un jour et que nous pourrons achever cet extraordinaire travail, qui m'a fait comprendre tant de choses sur le gouvernement de l'ego, dans le cadre de cette terrible maladie...
Je remercie toutes les personnes qui m'ont écrit après lecture de ces dossiers. J'ai pu communiquer à Marthe un certain nombre de ces emails. L'intérêt, les encouragements, les élans chaleureux en étaient la marque. Elle y a été sensible, et moi aussi.
Merci à tous...
*