LE PETIT CAILLOU

Conte philosophique.

Hugo (de son second prénom Victor), était en train de mâcher un biscuit, tout en regardant la télévision, lorsqu'il sentit brusquement un petit objet dur sous sa dent. Il jura intérieurement... isola ledit objet avec sa langue, et le sortit de sa bouche. C'était un petit caillou.

Tout de même, pensa-t-il, j'aurais pu me casser une dent. J'achète cette marque de biscuits depuis des années, et cela ne m'était jamais arrivé. Ce doit être très rare, que quelque chose échappe à leurs contrôles. Surtout un caillou... D'où pouvait-il venir ? De la farine, sans doute, mais peut-être aussi bien du sucre, ou d'un autre ingrédient. Quel cheminement extraordinaire... Il a fallu qu'il fasse un voyage incroyable ! Il s'est infiltré dans la fabrication d'une journée assez récente, et s'est installé dans un certain biscuit, parmi des milliers d'autres qui ont tous été répartis dans des emballages différents. Lui, il est tombé dans ce sachet-là qui, avec un grand nombre d'autres, a été livré dans le magasin où je me fournis régulièrement. Sur le présentoir, j'ai justement choisi le paquet où il se trouvait, et il a fallu toutes ces circonstances ajoutées les unes aux autres, pour que finalement, ce soir, je manque me casser une dent, en mâchant le biscuit dans lequel il se trouvait...

En somme, pensa-t-il encore, je pourrais remonter son parcours en partant de moi, jusqu'à sa date de fabrication et son lieu. Ce doit être inscrit sur la boîte. Cela ne me demanderait pas de très longues investigations. Oui, oui, c'est très possible.

Mais en fait, ce qui est intéressant, c'est de réaliser que refaire son chemin à l'envers est assez facile, alors qu'il était en revanche parfaitement impossible de savoir où il allait atterrir, à supposer que quelqu'un ait pu se rendre compte qu'il était passé à travers les mailles du filet, pour venir polluer un biscuit. Autrement dit, l'histoire peut s'écrire à postériori en remontant le fil d'Ariane, mais personne ne pouvait savoir où il irait, et encore moins dans la bouche de qui il allait terminer son parcours. Dans la mienne, en l'occurrence...

Hugo sentait qu'il était sur une pente philosophique assez inattendue, étant donné le point de départ, particulièrement trivial. Finalement, se dit-il, le raisonnement humain est véritablement subtil et complexe... et tellement intéressant, quand on y pense bien.

Tout en laissant ses pensées tourner autour de cette conclusion, il se passa la langue sur les dents pour en évacuer un reste possible de biscuit, collé dans les interstices. Au fond de sa bouche, il sentit un trou qui, à coup sûr, était extrêmement récent. Inquiet et surpris, il se leva et alla se regarder dans la glace. Sa dent de sagesse, tout au fond de son sourire, était effectivement cassée.

Il chaussa ses lunettes, histoire de voir un peu mieux, et il en profita pour regarder le petit caillou, qu'il tenait toujours entre ses doigts. C'est à ce moment-là que Victor se rendit compte que ce n'était pas un petit caillou : c'était le morceau de sa dent de sagesse, qui venait de se casser dans sa bouche, pendant qu'il mangeait ses petits biscuits...

C'est alors qu'il réalisa aussi que toutes les histoires peuvent s'écrire à postériori (il suffit de remonter le temps), mais qu'il est toujours impossible de deviner le futur, puisqu'il n'est pas encore écrit. Et que, par conséquent, toutes ses ratiocinations ne valaient pas un pet de lapin.

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Définition du sophisme.

Eh non ! Ce n'était pas vraiment un conte, c'était une démonstration de ce que l'ego (Hugo) est capable de faire, et de faire croire à l'homme. Dans son raisonnement, tout est souvent très bien monté, avec un agencement ingénieux des idées, et une progression dont l'intelligence semble évidente. Malheureusement, c'est la base qui est fausse. Du coup, tout le raisonnement fondé sur cette base, ne tient plus. Souvent, on se rend compte alors que les idées dites intellectuelles sont surtout 'intello', c'est-à-dire creuses et sans grand intérêt. Quand l'être humain s'en aperçoit, il (Victor) repart sur une base juste, et généralement beaucoup plus simple. Et c'est toujours une victoire que d'accéder à la vérité, si petite soit-elle.

Ce fonctionnement est - hélas - à la source de nombreuses théories, philosophiques, sociologiques, religieuses et politiques, qui nous sont présentées comme de grandes Vérités fondamentales. A quoi peut-on voir que leur base est fausse ? Au constat très simple qu'elles ne donnent pas de bons résultats. Cela, tout le monde le sait, car il suffit d'ouvrir les yeux pour le voir, mais tout en le sachant, on n'en tient pas compte. Pourquoi ?

Est-ce parce qu'on n'a rien d'autre à proposer à la place ? "La critique est aisée, mais l'art est difficile." Certes, beaucoup de théories détruisent les précédentes, mais ne réussissent pourtant pas mieux qu'elles. Chacun sait que toute idée novatrice est généralement d'abord rejetée. Si elle contient des vérités, elle finit par faire son chemin, et par être acceptée. A ce moment-là, elle devient à son tour une tradition et donc un empêchement pour les autres idées nouvelles qui viennent compléter ses propres découvertes. Car la vie est en évolution constante, et ce qui est juste pour une génération donnée, risque de devenir un blocage pour les générations suivantes.

A mon avis, l'ego est entièrement responsable de ce processus.

Soyons justes. Sur le plan politique, les choses changent. Ceux qui sont au pouvoir le savent : Ils doivent faire leurs preuves, et on les juge sur leurs résultats. Tout au moins, cela démarre. Leur ré-élection dépend de leurs actes pendant l'exercice du pouvoir. Il y a beaucoup moins de langue de bois, et les gens ne se contentent plus de beaux discours. Les hommes politiques commencent à s'en rendre compte.

Sur le plan spirituel, la demande est plus subtile, et se traduit soit par une relation personnelle à Dieu (hors toute religion), soit par un athéisme raisonné. L'anticléricalisme d'autrefois confondait Dieu avec ses prêtres. Le cléricalisme aussi, ce qui ne pouvait que donner un trop grand pouvoir à ses représentants. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, me semble-t-il. Mais les sectes se sont engouffrées dans l'espace laissé vide par les grandes religions. Le fait qu'elles soient très contestées ne suffit pas à ouvrir les yeux de leurs adeptes.

Sur le plan de la psychologie, les échecs et les errances de la psychanalyse ont ouvert la voie à toutes les offres d'épanouissement personnel, plus ou moins efficaces. Mais là encore, et de plus en plus, les gens savent dire leur désaccord, ou exprimer leur déception. Et c'est très bien. Ils ont toujours été le dindon de la farce, le pigeon à plumer, la victime qui dit merci. Cela suffit. On entend leur voix, ce n'est pas trop tôt. Et qu'on le veuille ou non, c'est la masse qui gagne toujours, heureusement.

On commence donc à remettre en cause ce qui ne donne pas de bons résultats. Mais comme il y a forcément des choses justes dans le fatras des erreurs qui découlent des théories reconnues par les traditions, on ne sait plus trop où on en est. C'est pourquoi on doute, on hésite, on n'ose pas tout jeter par-dessus bord, de peur de jeter le bébé avec l'eau du bain. Et on a raison...

Alors, que faire ? Le tri. Mais pour pouvoir faire ce tri, il faudrait réunir trois conditions :

=> Prendre conscience de l'ego (qui est le vrai sophiste, à l'intérieur de l'être humain) ;

=> Accepter de vérifier d'autres hypothèses (philosophiques, psychanalytiques, spirituelles, sociologiques et politiques) afin de faire l'expérience de croyances nouvelles. Par exemple, une lecture différente de toutes les Ecritures Sacrées, pourrait déboucher sur un oecuménisme véritablement fraternel, et sur un changement massif de conscience. C'est tout le but de ce site, qui ne demande pas de croire sans discuter ce qui est proposé, mais de le vérifier (individuellement), avant de l'entériner comme étant une voie juste et vraie pour soi-même. Autrement dit, il faut se baser sur le ressenti, et non plus sur la croyance intellectuelle.

Autrement dit, la démarche doit se faire dans le sens inverse de ce qui a toujours été vécu : L'expérience d'un être humain, donnée comme valable pour tous les autres. Cet être humain pouvait s'appeler Abraham, Jésus, ou Bouddha, son chemin intérieur n'était valable que pour lui seul, car chacun d'entre nous doit trouver le sien propre, à travers ses propres rêves et la visite de son propre inconscient.

=> Ne garder ces hypothèses que si elles fonctionnent, c'est-à-dire si elles améliorent le sort de notre humanité.

Autrement dit, il nous faut cesser de croire (quoi que ce soit), sans mettre nos croyances à l'épreuve du vécu. C'est à cette condition que nous pourrons être certains que ce sont des vérités.

Voici un exemple clair : Il s'agit d'un homme (60 ans), déchiré parce que son médium lui affirme qu'il doit vendre sa maison et s'exiler sur une île. Il n'arrive pas à le faire, et se demande pourquoi... Je lui fais visualiser son guide, et il découvre que celui-ci se transforme en diable ricanant, ce qui signifie que son ego (le diable) utilise le pouvoir du médium pour le mettre à la torture. La séance dure une heure. Il se débarrasse virtuellement de son ennemi intérieur, et il sort plus léger, libéré. Mais ce n'est pas tout, durant tout le reste de la journée, il rit, d'un rire profond, qui monte du fond de lui-même, et qui installe en même temps un véritable bien-être intérieur. Il remarque alors qu'après chaque séance chez son médium, il se sentait lourd et angoissé.

Quand je parle de ressenti, je parle de ce type de situation : rire, légèreté, sentiment de liberté... ou angoisse, partage intérieur, désarroi. Et ce n'est pas très compliqué de faire la différence entre ces deux états, car ils sont directement reliés au corps, qui s'exprime lui aussi dans le ressenti. Quand seul, le mental parle, le corps est exclu, et cela est souvent dramatique.

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La pierre philosophale des alchimistes devait leur permettre de transformer le plomb en or. Bien entendu, si on lit un traité d'alchimie, on comprend très vite que tout cela est uniquement symbolique, même si de nombreux alchimistes ont pris la chose au premier degré. Personne ne peut transformer la matière vile en matière précieuse, mais il doit être possible à tout être humain de transformer son ego en âme... Dans le cadre de cette interprétation, la pierre philosophale a deux significations possibles :

- Soit elle représente le joyau intérieur, c'est-à-dire l'âme humaine, à laquelle chacun doit donner la priorité, afin d'évincer peu à peu l'instance maléfique de l'ego.

- Soit elle représente l'ego, ce caillou intérieur, que chacun doit identifier, reconnaître en soi et expulser, afin de donner la place laissée libre à l'instance bénéfique de l'âme.

Dans les deux cas, il est essentiel de le savoir clairement, faute de quoi on se fourvoie dans des impasses. Mais le savoir ne suffit pas, si cela reste intellectuel. Il faut aussi le ressentir, c'est-à-dire le vivre dans son corps, qui est l'outil le plus fiable pour savoir si la méthode qu'on emploie est bonne ou mauvaise pour soi.

Autrement dit, toutes les théories (et elles sont nombreuses), qui promettent une amélioration du sort de l'humanité, doivent tenir compte de l'ego à l'intérieur de chacun, en sachant clairement à quel point il est capable de faire le mal, parce que son seul but est de dominer ou de détruire cette humanité. Cela expliquerait pourquoi l'ego se cache derrière d'innombrables symboles : le matière vile, le plomb, le diable, l'infidèle, le monstre, l'alien, l'étranger, le vampire, le dinosaure, le pharaon, le tyran, l'animal, la brute, le serpent... Je ne peux les citer tous. Du reste, cela serait fastidieux, sinon impossible. Ce site n'essaie pas tant d'en faire la liste, que de donner les moyens de le reconnaître, afin de pouvoir le chasser ensuite.

Mais je tiens à ajouter que beaucoup d'exégètes et philosophes ont dramatiquement confondu cet ennemi avec notre dimension physique. C'est ainsi que le corps a été accusé et condamné par la plupart des religions. Il en résulte qu'on ne l'écoute pas quand il s'exprime, et que les plaisirs qui lui sont liés sentent plus ou moins le fagot. On nous a dit que l'érémitisme et le renoncement au monde étaient des voies rapides vers Dieu. Mais on ne peut pas être heureux si on nie son corps, si on le met à la famine, si on le maltraite, si on le méprise. Il a des besoins légitimes, qui doivent être reconnus : propreté, nourriture, confort, chaleur... et sexualité.

Celui qui se refuse le sexe ouvre la porte à son ego, de même que celui qui ne vit que pour ça. Le sexe pour le sexe ne peut répondre qu'aux besoins du corps, jamais à ceux de l'âme, puisque le siège de l'âme est le coeur. Le sexe fait partie de l'amour, mais il n'est pas l'amour. Il appartient au corps, il n'y a rien de mal à cela, mais il ne peut combler notre âme, car elle est d'une autre essence, et seule la connaissance liée à l'amour (au sens large) lui apporte le bien-être. Ce bien-être s'exprime à travers le corps qui nous dit toujours la vérité. Et cette vérité s'exprime par le biais de la santé ou de la maladie.

=> Le pouvoir, le sexe et l'argent sont les voies privilégiées de l'ego.

=> L'amour et la conscience sont celles de l'âme.

Dans cette approche psychologique, le paramètre-ego est fondamental, d'après ma pratique en cabinet, car cela règle souvent très vite des problèmes réputés difficiles, voire insolubles, dans notre société moderne, comme par exemple la dépression.

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