Physique et Conscience 2
DEUXIEME PARTIE
Une autre explication du monde.
Mon approche s'appuie à la fois sur la réalité et sur la symbolique.
Trois règnes ont précédé le règne humain. Le minéral, le végétal et l'animal. Dans chacun de ces domaines, notre langage puise de nombreuses comparaisons qui illustrent des comportements humains. Dur comme la pierre, inconsistant comme le sable, clair comme de l'eau de roche, boueux comme un marécage... Piquant comme un cactus, étouffant comme le lierre, fort comme un chêne, souple comme un roseau.... Mais c'est dans le règne animal qu'on trouve les plus nombreux modèles de nos caractères humains, que ce soit dans la vaste majorité, ou dans une rare marginalité. C'est comme si l'Ingénieur de Chauvin (que les religions appellent Dieu) avait programmé une création de plus en plus élaborée, chaque niveau se nourrissant du précédent, le but ultime étant l'homme, chargé de prendre conscience de la vie à tous ses niveaux, afin de se comprendre lui-même. C'est ce que nous avons fait, puisque nous avons étudié, exploré et nommé le monde du vivant. Il nous reste maintenant à comprendre la finalité de toute cette création. Pour cela, nous sommes les seuls à posséder cet outil indispensable, qui est la conscience. C'est ce qui nous caractérise. Comme les animaux, nous savons des tas de choses, mais en plus, nous savons que nous les savons...
L'instinct parental. Chez les mammifères, c'est généralement la femelle qui s'occupe des petits, c'est elle qui les nourrit, puisque c'est elle qui produit le lait. Nous sommes les mammifères les plus évolués, et cette caractéristique nous concerne aussi. La plupart des mâles se désintéressent de leur progéniture, sans toutefois lui faire du mal. Beaucoup de pères ont fonctionné sur ce modèle. Certains, comme le lion, sont capables de tuer les petits pour rendre la femelle disponible à leurs besoins sexuels. Cette attitude existe aussi chez l'homme. Ce sont des pères (ou des beaux-pères) qui ne sont pas dignes de ce nom. Mais il existe également dans la nature, des pères qui portent les petits, et les mettent au monde, par exemple l'hippocampe. La mère s'éclipse dès la ponte des oeufs, que le père recueille, comme cela arrive parfois dans certaines familles humaines...
Chez les oiseaux, le partage des tâches (couvaison, nourriture) est très souvent, sinon presque toujours, assumé à égalité entre le mâle et la femelle. C'est ce qui arrive aujourd'hui, dans nos sociétés modernes où la femme travaille dehors, tout comme l'homme. Pourtant, chez les oiseaux aussi, on trouve des comportements inouïs. Le coucou, par exemple, pond son oeuf dans le nid d'un autre oiseau, qui va donc élever et nourrir son petit, tout comme certaines familles adoptent un enfant. La différence, c'est que l'oiseau n'en a pas conscience. Si on considère que les petits du couple vont être expulsés du nid par le jeune coucou beaucoup plus gros qu'eux, on obtient le modèle assez connu d'un enfant favorisé (légitime ou non), et ses conséquences injustes pour les autres. On pourrait multiplier les exemples.
La sexualilé. Tous les modèles sont également dans la nature. Beaucoup de mâles mammifères sont 'polygames'. Le mâle dominant a le droit de féconder toutes les femelles du groupe, tout comme le seigneur du moyen-âge s'octroyait le droit de cuissage sur toute jeune fille avant sa nuit de noces avec son promis, sous prétexte qu'ils étaient ses serfs. Aujourd'hui, on appelle cela un viol. Ce n'est donc plus un droit, mais c'est encore hélas, le sordide et cruel comportement de certains hommes indignes de ce nom. Les affrontements pour la conquête de la femelle sont extrêmement fréquents dans le monde animal, et se manifestent par des rixes et parfois des meurtres dans le règne humain. Certaines espèces changent de partenaire chaque année, tout comme le font certains couples humains (divorce, familles recomposées, partenaires multiples). A l'inverse, certains oiseaux, comme les inséparables, forment un couple stable, fidèle jusqu'à la mort, et cela existe aussi chez les humains... A l'extrême opposé, la mante religieuse dévore son mâle, alors même qu'il est en train de la fertiliser, ce qui est aussi le comportement de certaines femmes.
La séduction. La parade nuptiale, quant à elle, est souvent très élaborée chez les oiseaux. Je rappelle que l'oiseau est un symbole connu de l'âme. Les rituels sont étonnants, et toujours fondés sur la séduction, préalable obligatoire de la conquête. On peut remarquer que chez nous, c'est plus souvent la femme qui porte le désir (ou l'obligation) de séduire. Mais l'homme y participe aussi, heureusement. Tous les hommes ne sont pas des éjaculateurs rapides ou des obsédés sexuels, comme le sont la plupart des félins et autres animaux sauvages. Notre espèce a évolué, Dieu merci... Dans la majorité des cas, ce sont les mâles qui dominent, ce qui n'empêche pas les exceptions, exactement comme chez les humains. "Il existe des oiseaux à l'esprit pratique, précise Rémy Chauvin, qui exigent la copulation d'abord, et qui ne donnent le cadeau à la femelle qu'ensuite."(p.150) Cela ne rappelle-t-il pas la relation de la prostituée avec son client ?
L'ego, racine de la nature animale et de l'indignité humaine. J'ai déjà beaucoup développé, dans d'autres dossiers accessibles dans ce site, le parallèle entre l'ego animal et l'ego humain, tous les deux fonctionnant sur le pouvoir (le mâle dominant, le chef de troupeau ou de meute), le sexe (les femelles soumises au plus fort) et l'argent (le territoire dans le règne animal). Les liens sont faciles à faire, et chacun peut s'essayer à en faire apparaître de nouveaux.
Tout est déjà dans la nature. Il me semble plus intéressant d'établir ici des points communs avec le caractère. C'est comme si le Créateur avait voulu montrer à sa créature la plus élaborée (nous), qu'elle pouvait se comporter selon des modèles pré-établis et visibles en abondance dans les règnes précédents. Ces règnes pourraient bien être une sorte de brouillon, perfectible (par nous et sur nous) grâce à la conscience qui nous a été donnée. Tous nos caractères humains sont en effet exposés dans la vitrine de la nature. Tous ne sont pas négatifs...
Quelques exemples... Nous pouvons être industrieux comme les abeilles ou les fourmis, ces dernières étant aussi accusées d'avarice. Nous sommes parfois paresseux comme l'ours du même nom, cruels comme des fauves, peureux comme le lapin, hypocrites comme le chat, fidèles comme certains chiens, agités comme la plupart des singes, parasites comme tous les insectes qui se nourrissent au détriment d'autres espèces... Nous sommes capables de proférer des paroles empoisonnées comme la vipère injecte son venin, d'étouffer nos proches comme le boa constrictor, de les paralyser comme l'araignée dans sa toile... Nombre d'entre nous possèdent la langue bifide du serpent, qui les rend capables d'un double discours enjolivé de mensonges éhontés. Mais il y a aussi ceux qui sont muets comme le cygne, ceux qui jacassent comme la pie, ou qui sont voleurs comme elle. Il y a les timides, comme la souris... les prédateurs, comme le loup... les vaniteux comme le paon... les sots comme la dinde... et certaines personnes si peu sociables qu'on les appelle des ours. Et aussi les pigeons, les têtes de mule, les caméléons, les renards, les requins, les maquereaux, les coqs de basse-cour, les porcs, les hérissons... Nous sommes là dans une illustration si forte, que la comparaison n'est même plus nécessaire. Dire d'une femme "C'est une hyène... ou une vipère..." se passe de commentaires.
La loméchuse. Le fonctionnement des gourous, qui abusent leurs adeptes, est parfaitement décrit p.173 dans un passage dont l'horreur apparaît d'autant mieux qu'on garde à l'esprit des sectes comme Moon, ou le Temple solaire.
"Il est un parasite qu'on nomme Loméchuse, du nom d'une fameuse empoisonneuse de la cour de Néron. C'est une sorte de coléoptère, dont l'abdomen n'est pas recouvert par des élytres, et qui reste mobile. Ses proies favorites sont les fourmis, ou plutôt la fourmilière. Lorsqu'il pénètre dans le nid, les ouvrières vigilantes se précipitent pour lui faire un mauvais parti. Sans s'émouvoir, il leur présente alors ses trichomes, trois touffes de poils spéciaux qu'il porte à l'extrémité de l'abdomen. La liqueur sécrétée par ces poils arrête toute velléité d'attaque de la part des ouvrières. Elle se mettent à lécher la loméchuse, et dorénavant ne feront plus que cela. L'intoxication commence. Désormais intouchable, la loméchuse va pondre ses propres oeufs sur le couvain des fourmis, sorte de conglomérat d'oeufs et de larves à tous les stades, dont les ouvrières s'occupent activement. Ces dernières dispenseront maintenant leurs soins et leur nourriture à la larve étrangère, sans paraître la distinguer des larves de leur race. Non contente de la nourriture que les ouvrières distribuent, la larve de loméchuse dévore les larves de fourmis qui se trouvent auprès d'elle. Peu à peu, la fourmilière se meurt. Les ouvrières négligent leurs propres larves, et ne soignent plus leur reine, dont la ponte s'arrête. Les rares jeunes fourmis qui parviennent à éclore présentent diverses anomalies de constitution, par suite de malnutrition. Juste avant la fin, les parasites que la fourmilière a grassement entretenus en seront quittes pour l'abandonner à son sort, et pour en trouver une autre."
Selon Rémy Chauvin, la fourmilière n'est pas comparable à une cité, mais à un organe vivant, dont chaque fourmi ne représente qu'une cellule appartenant à la totalité. C'est cette totalité qu'il faut considérer pour comprendre son fonctionnement. Idem pour les abeilles.
"Dans la ruche au fond du jardin est tapi une sorte d'animal dont les cellules ne tiennent pas étroitement les unes aux autres. C'est un "animal" tout de même, au psychisme puissant, aux potentialités énormes, mais parfaitement étranger au monde des hommes."
Chaque abeille-cellule ne trouve son sens que dans la totalité. Chacune d'elle prise isolément perd toute finalité, et meurt. La ruche et la fourmilère illustrent donc parfaitement l'organicisme de Fondi.
Si on compare cet animal au cerveau humain, le parallèle avec les gourous prend alors encore davantage de force évocatrice, puisque le lavage de cerveau est leur outil le plus connu. Il faut toutefois préciser que cette façon d'opérer se fait aussi hors-secte. Amélie Nothomb en décrit parfaitement le processus dans la plupart de ses livres (Cosmétique de l'Ennemi ou Antéchrista, par exemple).
L'ego-parasite. Il est important d'ajouter que ce passage décrit parfaitement le fonctionnement intérieur de l'ego. Quand le gourou est sincère (cela arrive), son discours et ses croyances sont en réalité ceux de son propre ego, dont il est la première victime. La loméchuse symbolise parfaitement cet ego qui pense à la place de l'être humain, et peut ainsi faire de lui (outre un gourou), un tueur, un délinquant, un politicien véreux, un patron exploiteur, un prêtre pédophile, un parent indigne... ou un malade mental. Même en balayant large, j'en oublie forcément.
Projection et objectivité. Il est juste de préciser aussi que les animaux ainsi épinglés sont totalement innocents du procès que nous leur faisons. Car ils ont été créés ainsi, c'est leur nature propre, à laquelle ils ne peuvent échapper. Ils sont pour ainsi dire, programmés à l'avance et ne peuvent sortir de leur programme. En revanche, l'homme qui se permet de juger les protagonistes du monde animal, ne juge en fait que lui-même, puisqu'il est capable de se conduire selon un modèle qui le rabaisse, le limite, l'humilie, et dénature son humanité.
L'ego animal en nous, notre pire menace. Et pourtant, nous sommes allés plus loin encore, puisque nous avons inventé le dragon et le monstre, animaux imaginaires dont le modèle n'était pas dans la nature, ce qui semble prouver que l'homme peut être encore pire que le pire animal vivant... Par exemple, la pédophilie n'existe pas dans le règne animal. Les mâles adultes ne s'intéressent pas sexuellement aux petits de leur espèce. Le proxénétisme n'existe pas non plus, du moins à ma connaissance. (Que fait donc le maquereau pour qu'on l'ait insulté au point de prêter son nom aux proxénètes ?). Enfin je crois savoir qu'aucun mâle ne frappe la femelle, alors qu'il y a tant de femmes battues dans toutes les sociétés.
Evolution. Il se peut que le dragon soit une obscure réminiscence des dinosaures. Dans la création, ces animaux ont existé, mais ils ont disparu depuis très longtemps. Symboliquement, ils sont le parfait modèle de l'ego. On nous dit aujourd'hui que les oiseaux sont leurs descendants. Il est assez facile d'en conclure que, toujours symboliquement, l'âme humaine doit naître de l'ego animal, mais ne peut s'épanouir vraiment qu'à la mort de celui-ci. C'est du reste un processus intérieur qui me semble très probable. Nous sommes actuellement à la lisière d'une nouvelle civilisation, qui prendra en compte la réalité de l'ego animal dans le psychisme humain, afin que l'homme puisse s'en libérer.
Si cette démonstration est convaincante, le lecteur va pouvoir me suivre encore un peu plus loin. Le prochain dossier établit un parallèle entre la science et la spiritualité.
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