Les Sectes et leur Fonctionnement

Une analyse de quelques sectes.

Toute religion est sectaire

Les trois grandes religions révélées (l'Ancien Testament, le Nouveau et le Coran) ont déifié la famille en lui accordant d'énormes pouvoirs, à partir du moment où cette famille est croyante, bien entendu. L'autorité parentale est certes justifiée jusqu'à l'adolescence, mais elle est inacceptable à l'âge adulte.

À l'inverse, les multiples sectes modernes ont plutôt tendance à diaboliser cette même famille, pour la même raison, mais à l'envers, car l'adulte qui entre dans une secte est obligé de se démarquer de l'éducation qu'il a reçue (religieuse ou non). En revanche, une fois qu'il est intégré, son pouvoir sur ses propres enfants est entériné, parce qu'il véhicule et met en oeuvre les convictions du gourou. J'ajoute que, la plupart du temps, les disciples commettent d'odieux abus de pouvoir sur leurs propres enfants, au nom de l'enseignement du gourou, ce qui est tout de même un comble...

C'est pourquoi ce sont souvent les enfants, une fois devenus adultes, qui s'insurgent contre cette dictature en fuyant le milieu où ils ont été élevés.

Les deux mécanismes sont aussi néfastes l'un que l'autre, même si la deuxième approche s'appuie au départ sur le refus des abus de pouvoir venant des parents. On les acceptait autrefois. Plus maintenant. Les gourous de tous bords ont exploité ce nouvel état d'esprit, de façon plus ou moins consciente. Pourtant, un enseignement qui débouche sur des ruptures affectives douloureuses est forcément sujet à caution, (surtout s'il remplace la dépendance envers les parents par la dépendance envers le gourou).

S'il faut aimer son prochain, on se demande par quelle étrange contradiction il faudrait en même temps détester sa famille, qui est composée des prochains les plus proches. Certes, elle est parfois détestable. Mais la rupture n'est jamais une solution. Couper son cordon est bien préférable, car cela enlève tout pouvoir aux parents, et installe en général des relations sereines, puisque le jeune adulte n'a plus besoin de se protéger de son père ou de sa mère. Dans ce cas, les tensions tombent automatiquement.

Les Témoins de Jéhovah

Leur interdiction absolue de consommer du sang est étendue aux transfusions, susceptibles pourtant de sauver leur vie ou celle de leurs proches en cas d'accident ou de maladie grave. En effet, c'est écrit dans la Bible. C'est vrai.

Voici le texte (Lévitique 7. 26-27), ou plutôt un des textes.

"Où que vous habitiez, vous ne mangerez pas de sang, qu'il s'agisse d'oiseau ou d'animal. Quiconque mange du sang, quel qu'il soit, celui-là sera retranché de sa race."

Certes. Mais la Bible contient beaucoup de textes d'auteurs différents. Dans Ezéchiel (39. 18-19) par exemple, on trouve exactement l'ordre contraire.

"Vous mangerez la chair des héros, vous boirez le sang des princes de la terre. Ce sont tous des béliers, des agneaux, des boucs, des taureaux gras de Bashan. Vous mangerez de la graisse jusqu'à satiété, et vous boirez du sang jusqu'à l'ivresse, en ce sacrifice que je vous offre."

On voit par cet exemple combien il est inconfortable de lire la Bible au premier degré. Cela peut aller jusqu'à l'imbécillité. Effectivement l'ego est un imbécile, mais c'est un imbécile qui se prend pour Dieu. En face de lui, l'être humain est un petit enfant crédule, c'est pourquoi il se laisse prendre. Si notre humanité accède à l'âge adulte, elle cessera de croire les discours creux, invérifiables ou inacceptables de l'ego.

Voici donc une autre lecture, qui rend au texte 1 sa valeur symbolique.

Le sang représente la souffrance de l'âme blessée, qui saigne. Le Lévitique s'adresse à l'ego pour lui interdire de se nourrir de cette souffrance. L'oiseau = l'âme, et la plupart des animaux symbolisent l'être humain, vu dans son corps terrestre. On peut y voir aussi les instincts, que l'ego tyrannise, en décidant, par exemple, l'abstinence (au nom d'une pseudo-spiritualité), ou au contraire, en alimentant des pulsions sexuelles désordonnées. Le texte est formel, l'ego sera retranché de la race (=l'homme), parce qu'il fait souffrir son âme et son corps.

Ezéchiel, alors, s'éclaire sans problème. D'autant plus que le symbolisme des princes de la terre, est assez connu. Il s'agit de Satan = l'ego (n'oublions pas de traduire). Le sacrifice que Dieu offre à l'homme, c'est celui de son ego, qui repose sur l'inversion des rapports de forces. Dans ce texte-là, les animaux symbolisent donc l'ego qui, au lieu de "bouffer" l'homme, sera enfin "dévoré" par lui. Cette traduction fait apparaître bon sens, logique, rigueur et intelligence. On n'en attend pas moins de Dieu - s'il existe !

Le règne de Dieu. Les Témoins de Jéhovah croient sincèrement que Dieu installera la paix sur la terre, avec ceux qui se seront conduits en justes (c-à-d avec eux), selon ce modèle (Esaïe, 65. 25).

"Le loup et l'agnelet paîtront ensemble, le lion, comme le boeuf, mangera de la paille, et le serpent se nourrira de poussière. On ne fera plus de mal ni de violence dans toute ma montagne sainte, dit Jéhovah."

Là encore, le plan extérieur est navrant de naïveté enfantine.

L'ego conforte cette vision du premier degré en persuadant l'homme que la toute-puissance divine est forcément liée à des miracles spectaculaires, comme bouleverser l'ordre des choses, ou échapper aux lois de la physique. C'est faux. Encore une fois, si Dieu existe, c'est lui qui a installé les lois de la nature. Pourquoi devrait-il les transgresser ? Le seul miracle à attendre, c'est que l'homme comprenne le sens symbolique de cette nature, dans laquelle l'ego est le maître. Mais on ne demande pas aux animaux de sauver leur âme. En revanche, l'homme, qui partage l'ego avec le règne animal, doit en devenir le maître. Là sera le vrai miracle.

La traduction de ce passage s'appuie, comme d'habitude, sur l'intériorisation et la valeur des symboles. La situation décrite est donc celle d'un homme nouveau, pleinement conscient (ma montagne sainte). L'adjectif possessif semble dire que cet homme-là appartient vraiment à Dieu. Le loup, le lion et le serpent sont des symboles de l'ego, alors que l'agnelet symbolise ici l'enfant psychique (= la véritable identité de l'être humain), né de et dans son âme (la brebis), ainsi que je l'ai expliqué un peu plus haut. Le boeuf = l'homme, quant à la poussière, elle représente ce qui est terrestre, et donc mortel.

À la lumière de ces équivalences, le texte signifie quelque chose en lien avec un comportement humain, nouveau.

Dans l'âme de l'homme pleinement conscient, le loup-ego pourra cohabiter avec l'enfant de son âme (=sa véritable identité=le fils de l'homme=l'agneau) sans le mettre en danger. Le lion-ego cessera de déchirer l'homme-boeuf pour se nourrir de lui, et le serpent-ego se contentera de ce qui est terrestre, sans empiéter sur la spiritualité de l'âme.

Mais il semble évident que, pour que cela se produise, il est indispensable que l'homme sache qu'il abrite en lui un ennemi capable de le pousser à toutes les perversions, son propre ego. Je développe ici les perversions religieuses, mais le plan social et politique n'est pas mal non plus.

La Scientologie

D'après ce que je sais, les scientologues privilégient l'intellect, et considèrent le rêve comme une réaction de l'inconscient. Or, l'inconscient est pour eux l'ennemi à abattre, l'empoisonneur, la source du "mental réactif". Il va faire vivre une situation nouvelle avec tout le bagage du passé: agressivité, colère, rancune... et cela cause une déviation de la conscience, une émotion, un acte manqué....Ils ont un mot favori, qui revient tout le temps, "aberration". Ce mot exprime la déviation de la conscience. Selon mon analyse, leur confusion est totale entre l'inconscient et l'ego, qui est notre seul véritable ennemi. J'ajoute que l'outil favori de l'ego est le mental (cet intellect qu'ils privilégient).

Cette confusion est visible grâce à un détail. Ils ont un symbole révélateur sur tous leurs classeurs de cours, du niveau zéro au niveau 9, un lion en marche. Ce symbole de l'ego leur est manifestement inconnu.

Par ailleurs, un cours de Neuf niveaux (= les neuf mois de la grossesse) montre à l'évidence que leur limite est aussi celle de l'infantilisme.

Dans la mesure où tout se vend, chez eux, et se vend cher, leur système financier devrait les mettre sur la voie de ce qui se joue en réalité, dans leur entreprise soi-disant religieuse. Mais ils s'arrêtent à l'apparence, et s'arcboutent farouchement sur les certitudes que leur ego a distillées en eux. Ils sont complètement identifiés à leur lion-ego. Je tiens tout cela d'un jeune homme qui les a fréquentés un certain temps, puis les a quittés. Il est même allé aux Etats-Unis, où il a vu clairement leur côté façade, avec les grades affichés sur les vêtements. Ceux qui ont fait tout le parcours sont des O.T.IX (= Operant Thetan IX. Thetan = Theo = Dieu)...

"Un matin, au petit-déjeuner, j'étais assis près d'une femme hautement gradée (O.T.VIII), et dans son regard, j'ai vu une profonde tristesse, comme si le malheur qui occupait son âme était tout à coup visible. Je me suis alors demandé si le but recherché par la scientologie n'était pas un leurre pour les scientologues eux-mêmes. Aujourd'hui, je les ai quittés. Je ne regrette pas l'incursion que j'ai faite chez eux. Mais je les plains, car je vois clairement que l'ego les a entièrement récupérés, et ils ne le savent pas."

Ils ne sont pas les seuls.

Le mandarum de Castellane

Gilbert Bourdin, accusé d'abus sexuels et emprisonné, est maintenant décédé. Ses disciples, paraît-il, attendent son retour. Comme chez tous les gourous victimes de leur ego, on trouve chez lui un indice extrêmement révélateur, le gigantisme de ses statues. C'est une manifestation visible (et sans erreur possible) du fonctionnement de l'ego, qui veut toujours être le premier, le plus grand, le plus puissant. Si l'humanité savait lire les signes de façon claire, elle ne serait plus la proie de son ego, non pas seulement parce qu'il n'y aurait plus de fidèles, mais surtout parce qu'il n'y aurait plus de gourous. C'est en effet à la source qu'il faut donner l'information car, je le répète, le gourou est toujours la première victime...de leur ego.

Les sectes gnostiques

Elles pullulaient aussi il y a deux mille ans. Toutes sont fondées sur la méconnaissance des symboles. Je n'en donnerai qu'un exemple magistral. Les Ophites, adorateurs du serpent, étaient complètement inconscients de sa signification. Ils avaient déifié leur ego sans le savoir.

Aujourd'hui, la "Gnose" existe toujours, avec un fonctionnement intellectuel à outrance. C'est à cela aussi qu'on peut reconnaître que l'ego en est la source, car le mental est son outil préféré, alors que les valeurs du coeur le font fuir.

Les voies de l'ego

Les indices pour détecter une secte sont relativement simples. Ce sont des signes qui permettent de reconnaître l'ego et son fonctionnement, toujours fondé sur le pouvoir, l'exclusion et l'intolérance. La liste est longue...

Finalement, on pourrait dire que le gourou se flatte de connaître toutes les réponses. C'est pourquoi il faut se méfier de lui.

Le vrai maître pose des questions. C'est ce qui permet au sujet de trouver ses propres réponses. Si ce n'est pas le cas, c'est que la question était mal posée, ou non pertinente. C'est le test le plus révélateur.

En conclusion, on pourrait dire que le vrai maître n'a de certitudes qu'en ce qui le concerne lui-même, ce qui exclut le recrutement de disciples. Autrement dit, les vrais maîtres n'existent pas. En revanche, le seul maître possible est intérieur, c'est l'être humain lui-même, lorsqu'il est devenu le maître de sa propre vie, sans vouloir gouverner celle des autres.

Nous sommes tous deux à l'intérieur.

Voici une autre clé. L'Eternel est toujours décrit comme à la fois:

- un Dieu plein d'amour pour sa créature,

- un Dieu dont la colère peut s'enflammer contre cette même créature.

Les croyants ont souvent beaucoup de mal à s'y reconnaître, et cherchent naturellement à obéir à ce Dieu qu'ils vénèrent sincèrement. Hélas, ils sont souvent si peu récompensés que certains cessent même parfois de croire en lui. Mon explication est simple. Si l'âme et l'ego cohabitent à l'intérieur de chaque être humain, il semble évident, en effet, que l'amour de Dieu va vers la première, qui souffre du joug du second, et que sa colère s'adresse à l'ego, dont il connaît les motivations secrètes. L'important est donc de ne pas s'identifier à cet ego, de se démarquer de lui, afin de pouvoir vivre enfin la sollicitude divine.

Hélas, l'ego fait croire à l'homme que Dieu le comblera s'il obéit à ses ordres au premier degré. Du coup, l'être humain est persuadé que le baptême se fait dans une eau extérieure, et que tous les rituels doivent, de même, être accomplis par son corps. En fait, si Dieu existe, il lui demande de les accomplir dans son âme. Or, le rêve montre la situation psychique réelle de cette âme. Et comme l'homme ne commande pas ses rêves, il est bien obligé d'attendre qu'un rêve d'eau vienne lui dire qu'il est effectivement entré dans son inconscient (= qu'il a vraiment commencé à y laver son âme).

Ceci débouche sur l'hypothèse que tout ce qui nous est relaté dans les Ecritures correspond à des événements psychiques, parfois liés à certains événements historiques qui leur ont servi de cadre, (exactement comme dans les rêves), parce que leur valeur symbolique était parfaitement adaptée à la situation personnelle des différents auteurs. Or ma pratique professionnelle confirme cette hypothèse. Quand un rêve met en scène un événement extérieur, c'est que celui-ci correspond symboliquement à la situation interne du sujet. De plus, beaucoup de rêveurs ont des rêves très proches de situations "bibliques", alors même qu'ils ignorent les textes auxquels ces rêves font référence.

Celui qui n'a pas eu de rêve d'eau (ou de naissance), n'a pas vraiment avancé dans son chemin spirituel. Et, pire encore, celui qui a rêvé du Christ, n'a souvent rêvé que de son ego. Désolée pour les gourous de toute obédience, et pour les autres aussi, mais je crains fort que ce que je viens de dire ne soit très vrai.

Cela expliquerait aussi pourquoi notre humanité se trouve dans une impasse.

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